Retour du bureau vendredi,
arrêt du bus Place Kennedy
et là, marchant devant moi,
vous savez qui,
j' en reste coi,
se déplaçant avec nonchalance,
les épaules et la tête,
au rythme régulier se ses pas qui balancent,
la grande rousse qui l' an passé,
dans tous mes états
m' avait laissé,
tenant avec élégance,
une baguette de pain
sans même penser à l' entâmer
sur le chemin.
Le plus fort dans tout çà,
c' est qu' en prenant la rue Liautey,
habituellement plutôt fréquentée,
et bien ce jour-là,
pas un chat,
pas âme qui vive, personne,
juste le bruit de nos pas sur le
trottoir qui résonnent.
Rien que nous deux seuls dans la rue,
qui l' eût cru ?
Singulière et surréaliste situation
qui décuple mon émotion
et fait monter en moi
l' envie de l' aborder encore une fois.
Tournant la tête pour traverser,
elle m' a de suite repéré.
J'ai alors accéléré le pas,
pour lui montrer que je ne la suivais pas.
Arrivé à sa hauteur
je l' ai toisée,
elle, s' est appliquée à regarder ailleurs.
Je voulais lui dire un mot,
l' occasion s' y prêtant trop,
" Bon week-end " ou " Bonne soirée ",
un truc de toute banalité.
Je n' en fus même pas capable,
et taillai ma route,
comme un gamin en déroute,
petit, minable .
Vendredi, rue Liautey,
tout seul on était,
pas de doute, c' est un fait,
cette femme me fait toujours de l' effet.
E.D.











